Sandra Nkaké propose une ultime introspection avec son troisième album “Tangerine Moon Wishes”.

Le 26 juillet 2008 au festival Marseille Jazz des Cinq Continents, accompagnée de quatre musiciens, l’artiste présente son premier album Mansaadi (Petite mère). Elle revendique un message d’authenticité à être soi-même, sans complexe, allant même jusqu’à déclamer «Vive la cellulite, vive les bourrelets». Mais c’est son rappel, qui marque les festivaliers : elle présente une reprise du morceau de Georges Brassens La Mauvaise Réputation, le visage maquillé d’arabesques sur les joues et d’un trait clair entre les deux yeux. Le début du morceau est un one-man-show, où sous les yeux du public Sandra compose ses propres boucles auto-samplées avec des human beatbox, pour après être rejointe par son bassiste Guillaume Farley. Elle rajoute aux paroles de Brassens: «je suis un homme, je suis une femme, je suis le temps, je suis le vent, je suis l’espace, I want be free».

Sandra Nkaké/©Tribune2lartiste.com

 

Quatre ans plus tard, elle sort un album inclassable selon les critiques, Nothing for Granted, (rien n’est acquis), “recueil de petits poèmes en prose ou de petits courts métrages”, dixit Sandra Nkaké.

Le 15 septembre 2017,  elle dévoile son troisième album Tangerine Moon Wishes. Le ton est donné dès les premières paroles «J’ai ouvert mon cœur et mon monde, je ne veux pas oublier, je veux aimer ma vérité». Cet album est un parcours initiatique d’introspection, où la détermination de la chanteuse née à Yaoundé au Cameroun, ne recule devant aucune technique ou pratique pour arriver à ses fins.
Comme Sigmund Freud en 1899 avec «L’Interprétation des Rêves» aidait ses patients à découvrir leurs blocages et les traumatismes responsables de leur mal-être, Sandra emprunte la voie des rêves avec Dreaming, accompagnée par le très beau contre-chant de son complice Jî Drû à la flûte.
Mais comme dans toute cure psychanalytique, cette démarche engendre des changements inexorables, chantés dans Change soutenu par la ligne de basse de Keny Ruby pour rappeler que cette transformation n’est pas de tout repos, bien qu’indispensable à cette introspection.

Tous les états sont possibles pour satisfaire cette volonté, jusqu’à l’apesanteur dans Fly. Au fil de l’album, l’artiste emmène l’auditeur en voyage initiatique avec les esclaves dans les cales des bateaux négriers : «il n’y a plus d’étoiles, la beauté s’est fanée, il y a du sang sur les voiles» dans Nuit. Puis l’ambiance devient chamanique, comme dans une séance de transe dans L’appel.

Ce voyage se termine avec le morceau éponyme de l’album. Comme dans un rêve éveillé, Sandra prend conscience de son parcours «Je revois toutes les étapes du voyage et je  comprends que c’est ici que cela se termine, je suis libre, nous sommes libres dans ce désert incolore sur cette lune rousse».

Une précision sur la lune rousse semble indispensable. La lune rousse est la lunaison (1) qui débute après Pâques entre le 5 avril et le 6 mai de chaque année. Ce nom a été donné à ce phénomène par les agriculteurs, à cause de la couleur que prennent les plantes qui ont gelé à cette époque de l’année, et non en référence à la couleur de la lune.

Cette notion d’agriculture avec ses changements saisonniers, rappelle que dans toute introspection la vision d’un individu change pour devenir plus sensible à son environnement et à son entourage ; Sandra le confirme sur sa page Facebook «Un soir de Lune Rousse j’ai fait le vœu d’être à l’écoute de ma voix intérieure. J’ai ouvert mon cœur et mon monde. J’y ai vu de la douceur et des ombres».

Sa volonté de se libérer de ses entraves, merci SANDRA, vous l’aviez déjà confiée le 26 juillet 2008 au festival Marseille Jazz des Cinq Continents.

Line Up : Sandra Nkaké : chant, glockenspiel (1,3 et 7)- Jî Drû : flûtes, chant – Tatiana Paris : guitares, chant – Kenny Ruby : Basses, chant – Thibaut Brandalise : batterie.

(1) La lunaison est l’intervalle de temps séparant deux nouvelles lunes.

En écoute: ”Change”.

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