Ces manquements qui, dans l’organisation des spectacles, débouchent sur l’inéluctable.

Mourir sur scène, fantasme de fans ou réel vœu des artistes ? Mourir sur scène, une belle mort pour un artiste ? Simple fantasme pour les uns et pour les autres ? Si, comme l’attestent les faits, la prémonition vient hélas corroborer ses propos, faut-il se résigner à accepter les conditions dans lesquelles certains artistes sont morts sur scène, en l’espèce Papa Wemba, sans pointer du doigt certains manquements dans l’organisation, à savoir le défaut de présence des premiers secours.

Disons-le de suite, ces manquements ne sont pas propres aux spectacles organisés en Afrique, même si, ne nous cachons pas non plus derrière quelconque artifice, ils y sévissent avec une acuité parfois sans commune mesure. Restons sur le cas ici, qui nous interpelle.

Entamant bientôt son cinquième mois, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année 2016 semble ne pas accorder sa clémence aux artistes musiciens. Toute proportion gardée bien sûr, au regard des drames que l’humanité connait et qui malheureusement, ne bénéficient d’aucune caisse de résonance. La semaine du 18 au 24 avril a été particulièrement marquée. Après Prince Rogers Nelson dit Prince, moins de 72 heures plus tard, c’est au tour de Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba aka le Rossignol d’aller chanter pour les anges…et avec un tel organe, quel ange ne succomberait pas à sa magie ?

©Tribune2lartiste/Papa Wemba

©Tribune2lartiste/Papa Wemba

 

Papa Wemba: Le dernier concert? Je crois que ce sera sur scène que je partirai devant tous les fanatiques (fans NDLR) ; j’ai comme l’impression lorsque je suis sur scènes. Parce qu’il y a des moments sur scène, j’ai l’impression de planer…je ne sais vraiment pas comment l’expliquer. Peut-être qu’un jour, je partirai de cette façon.

Mais au-delà de l’émotion, il est parfois nécessaire de se poser, puis se poser les bonnes questions. Depuis l’annonce de la mort de Papa Wemba survenue apprend-on ce matin à 5h45 min sur la scène du Femua (Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo), l’émotion est palpable, et les réseaux sociaux, comme pour Prince, sont en ébullition. Les questions sur les causes du décès refont surface, comme pour Prince.

Seulement, la mort de Papa Wemba inscrit pourtant dans la carte du menu, la question de la présence des premiers secours dans les organisations tels que les concerts, les festivals etc. Car s’il y a une première évidence qui nous est servie, au regard des images de la disparition de celui que l’on considère comme le roi de la rumba congolaise, c’est bel et bien le défaut de présence des premiers secours. Défaut de présence de personnes compétentes dans le domaine.

Avant d’aller chercher les causes cachées, qui relèvent d’un ordre strictement personnels et qui ne nous concerneraient peut-être pas (malgré le caractère public du personnage),  voilà un élément qui, loin d’inviter aux conjectures en tous genres et autres supputations, parle de lui-même et livre des faits concrets. Et si l’absence des premiers secours était la première cause du décès de Papa Wemba ? Elle est dure et difficile à entendre, mais, il faudra bien s’y soumettre, pour en tirer les leçons hélas pour le futur.

On peut bien sûr mettre sur la table de discussion, l’état de forme de l’artiste à monter sur scène. Réunissait-il toutes les conditions pour affronter un exercice qui, malgré tout, requiert une excellente forme physique, etc. Mais tout ceci ne doit pas nous détourner du fond, de l’essentiel du problème qui est: l’organisation de spectacles est une affaire hautement professionnelle qui n’admet pas l’improvisation ou quelconque rafistolage. Et la prise en charge de situation de secours et d’urgence médicale est un de ces points cruciaux.

 

Toutes les conditions avaient-elles été envisagées par les organisateurs pour pallier cette situation ? Non. Au vue de la vidéo, on ne peut que regretter l’insuffisance, voire l’absence d’une telle réflexion dans l’organisation. Car, si cette problématique avait été envisagée avec le sérieux qu’il se doit, cela nous aurait épargné du traumatisme de ce que renvoient les images. Tout événement majeur et se voulant professionnel de surcroît, ne peut plus faire l’économie d’une telle réflexion dans sa conception comme dans sa réalisation. La présence des premiers secours aurait-elle empêché ce drame ? Certains se poseront cette question. Personne ne saurait le dire, sans se livrer à un exercice de vaticination sans fin. Mais, nous savons dire ici que, la problématique des soins de premiers ordre fait et doit faire partie des cahiers de charges de toute organisation d’une telle envergure. De la même façon avoir une assurance automobile n’empêche pas un accident de la circulation, pourtant elle est obligatoire pour prétendre circuler voiture.

Puisse malheureusement ce cas servir de leçons pour les futures organisations de spectacle partout ailleurs dans le monde, afin que le pire ne se (ré)produise plus dans de telles circonstances ? Car Papa Wemba ne sort définitivement pas de la scène comme, conformément à ses dires, il l’avait souhaité; ce, malgré la force du symbole. Mais la scène le quitte pour cause de manquement à certaines règles dans le domaine de l’organisation. Mais comme dit l’adage, l’artiste ne meurt jamais. Et comme tout artiste, son œuvre le rend immortel au-delà de la Scène.

En écoute, un projet pour un artiste camerounais dans lequel Papa est intervenu.

 

Article modifié (25/04/2016)