“ALIVE WITH GHOSTS TODAY”, le nouvel album de Chris Potter qui invoque Langston Hughes et John Brown

En prenant comme fil d’Ariane de son nouvel album la figure de John Brown aka Osawatomie Brown, le saxophoniste Chris Potter inscrit d’une certaine façon son opus dans l’actualité. Une actualité qui se caractérise par le réveil des pulsions haineuses qui ont et continuent de marquer la société américaine en particulier, et occidentale en générale. Une société qui promeut l’intolérance, la violence et tous les travers possibles par la destruction de tout ce qui peut concourir à l’édification de l’harmonie et la paix entre les individus et leurs différences respectives. Chris Potter interroge d’une certaine la conscience de la société américaine dans ses dérives de plus en plus grandissantes, s’enfonçant chaque jour un peu plus, dans la barbarie qui l’a fait naître.

Le 8 mai prochain, le saxophoniste américain ChrisPotter, empruntant au poète afro-américain Langston Hughes sa phrase Alive with ghosts today, tirée du poème de ce dernier dont le titre est: October 16: The Raid, mettra sur le marché son deuxième album post-covid. Il faut rappeler que la pertinence du titre, surtout de nos jours, est aussi une réalité qui à son époque, a personnellement marqué et touché la vie du poète et romancier.

“ALIVE WITH GHOSTS TODAY” titre emprunté disions-nous à Langston Hughes, mais John Brown est la trame, la colonne vertébrale de celui-ci. Un hommage à un homme qui a permis au saxophoniste d’appréhender toute la complexité et les contradictions de la société dans laquelle il vit. Et pour cela, il lui a fallu, en tant que « individu dit blanc », interroger le passé, celui de ses semblables. Et une figure, surtout en ces temps, a retenu son attention, celle de l’abolitionniste John Brown.

Une ode musicale qui parcourt quasiment la vie de l’abolitionniste et surtout son action en faveur de l’effacement des germes de la haine, du viol, du meurtre doctement plantés par les fossoyeurs de la paix entre les individus. Une position courageuse qui lui a été fatale, à l’image des victimes noires, pour lesquelles il se battait…

Chris Potter a donc fait le choix de deux versions pour présenter son nouvel opus. Une dite Standard qui comporte 8 titres qui sont entièrement des compositions originales et personnelles. Et l’autre dite Deluxe avec 2 titres additionnels, dont 9. Song of the Underground Railroad‘John Coltrane’ + ‘Traditional’ et 10. Going Home – ‘Excerpt from Dvořák: Symphony No. 9 in E-minor ‘From the New World’.

Toute cette puissance et l’efficacité du projet sont portées par des musiciens au caractère bien trempé. On retrouve ainsi Bill Frisell, Nate Smith, Burniss Travis, Sarah Caswell, Rane Moore et Zekkereya El-magharbel pour bâtir cette construction musicale d’une forte intensité, aussi bien colorée que percutante.

Il y a des artistes, dont le travail musical va au-delà de la simple dégustation des sons, pour vous plonger dans des sollicitations qui convoquent une réflexion profonde sur les questions existentielles. Et c’est en cela que cet album acquiert une dimension plus profonde, la condition humaine est au cœur de ses préoccupations. C’est fort de cet état d’esprit qu’il faudrait aller à la rencontre de ce disque et du saxophoniste, qui une fois de plus, nous surprend positivement.

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