Jazz Middelheim 2015, le show continue de la plus belle des manières.

Comme chaque jour au Parc Den Brandt, la journée débute par un entretien entre Ashley Kahn et un musicien, pour parler, explorer le parcours d’un artiste. En cette journée, le choix s’est porté sur Fats Waller. La raison en est toute simple, l’artiste résident du festival, Jason Moran, s’en est inspiré.

Aussi, il a surement du se produire quelque chose dans l’air qui a fait que le public anversois que l’on a connu un peu trop dans la réserve les deux premiers jours, brusquement se découvre l’âme plus participative, gaie et surtout dansante. Exprime-t-on mieux ses émotions le samedi ? Personne ne pourra donner quelconque rationnelle explication. D’ailleurs nous sommes dans le domaine des émotions et la musique en est un parfait vecteur. Fait est que, les artistes de la soirée ont beaucoup apprécié. Ce qu’exprime avec beaucoup d’émotions Robin McKelle à notre post sur twitter : « Merci!!! Yes… Sometimes difficult, but music always has the chance to touch people’s souls! Merci !! »

Oui, si le public s’est décloisonné, c’est en grande partie aux performances des artistes…quel que soit le style. Les festivals de Jazz ne se cantonnant plus seulement à programmer du jazz, au grand dam de ces puristes ?

 

©Tribune2lartiste.com

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Robin Mc Kelle enflamme la scène du Main Stage et soulève la foule !

Fait remarquable depuis le début du festival, Robin Mc Kelle réussit la prouesse de faire lever le public au Parc Den Brandt et de le faire danser.

Nous le soulignions, le public de Middelheim a beaucoup du mal à exprimer ses émotions pendant la performance des artistes. Ce qui ne veut nullement dire qu’il soit insensible. Il fait connaitre son adhésion plus à la fin qu’au milieu du show. Seulement, avec Robin Mc Kelle on a assisté à une métamorphose de ce public. C’est pendant la performance de cette dernière que la foule lui a exprimé ce que recherchent tous les artistes sur scène…touch the soul of people, pour reprendre l’expression de Robin.

Ceux qui l’ont connue dans un autre registre, en revenaient un peu déçus ? C’est vrai que l’américaine était plus dans un registre rnb, soul, rock, funk que Jazz ou blues, même si elle s’y réfugiait de temps en temps ; mais néanmoins, ceci n’enlève en rien son mérite. Pur produit des shows à l’américaine, Robin Mc Kelle à étincelé la scène et secoué la foule.

De sa flamboyante et puissante voix, son sens du show, sa présence scénique et surtout entourée des musiciens qui suivent la direction, dont le symbole le plus parlant est le bassiste Fred Cash Junior, Robin Mc Kelle a en effet touché l’âme, non pas seulement du public, mais de la musique. Elle a mis le feu dans la baraque.

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L’unanimité autour de Cécile McLorin Solvant au Middelheim

Si d’aventure, une mésaventure allait se produire (style cris de désapprobation), Cécile avait tout préparé. Si les parapluies qui lui servaient de boucles d’oreilles n’étaient pas à même de la mettre à l’abri de la pluie, ils pouvaient servir à ne pas encaisser les sifflets. Heureusement, il n’en a rien été ! Et comment pouvait-il se produire telle effronterie devant tant de grâce ? C’est plutôt le contraire qui s’est produit.

Alerte sur beaucoup de sujets et de la cocasse (de l’extérieur) situation vécue par la Belgique, Cécile se ravise d’abord sur la langue à utiliser en plein territoire flamand. Un peu provocatrice dans l’âme, elle propose entre l’anglais et le français…tout ceci dans une ambiance détendue et bon enfant. Et le public adhérant avec beaucoup d’humour !

Dès lors, Cécile Mc Lorin Salvant et son quartet enchaine. Introduisant son spectacle par Fog, première piste de son album à venir (sortie officielle le 8 septembre prochain), Cécile McLorin entérinait le capital de sympathie engrangé le jour d’avant, auprès d’Archie Shepp. Depuis la soirée avec l’auteur d’Attica Blues, comme avec Sandra Nkaké avec Eric Legnini, le public avait tranché et élu sa reine. Certains signes ne trompent pas du tout. A la seconde chanson, Sweet men blues, c’est l’apothéose ! Elle partage son répertoire aussi alléchant que varié. De Black Butterfly de Duke Ellington à le Mal de Vivre de Barbara, Cécile séduit par ses qualités d’interprétation, sa magnifique voix. On est embarqué dans et par la grâce.

Autre point chaud de sa prestation, lorsqu’elle convie Olivier Chaussade (jeune garde de la scène française jazz) pour l’accompagner dans Blood and Sand de Billie Holiday. Ce soir, son show a rimé et a été rythmé avec grâce.

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Jason Moran : Fats Waller Dance Party.

Dans son entrevue avec Ashley Kahn, Jason Moran avait prévenu, Fats Waller c’étaient le génie et surtout la joie de vivre. C’est ce que pendant 1h30 le pianiste a organisé pour les spectateurs. Et ceux qui l’avaient oublié, le concept était bel et bien indiqué et portait bien son nom : Jason Moran : Fats Waller Dance Party.

Pour mieux digérer et extraire de la douceur et du confort dans lesquels Cécile McLorin a installé le public après la tornade Robin Mc Kelle, c’est au tour de Jason Moran et ses musiciens de remettre une couche et bousculer les codes. C’était la fête ! Le décor avait savamment été planté pour cela…

Le pianiste a sorti l’artillerie lourde…aux côtés du percussif bassiste Tarus Mateen, le virevoltant Charles Haynes à la batterie, le très mélodique à la trompette et vocaliste hors pair Leron Thomas, la flamboyante Lisa E. Harris. Mémorable, le dialogue avec le batteur Charles Haynes .

Mais attention, fête avec Jason Moran n’a pas rimé pas avec dilution de la qualité. Ainsi, par ce nouveau concept, Jason Moran a montré qu’il est un artiste versatile, passeur des styles, et toujours fidèle à l’exigence de qualité. Ne rappelait-il pas lors de son entretien avec Ashley Kahn, qu’il tire le plaisir de rencontrer musicalement Fela Kuti ou Koffi Olomide comme avec Fats Waller ?

Par sa Dance Party aux couleurs et accents de Fats Waller, Jason Moran se l’approprie et l’inscrit dans notre siècle avec beaucoup d’audace et de fidélité.

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Dr John interprète Satchmo.

Dr John, l’excentrique pianiste et le non moins expressif Bart Marris à la trompette, ont pour ainsi dire, fait voyager le public dans la vie de Louis Armstrong par des interprétations toutes aussi colorées qu’entrainantes. Une appropriation aussi fidèle que fraiche et audacieuse.

Aux airs parfois de funky, rock ou rnb, Dr John ne se prive pas. De sa créativité, il introduit Louis Armstrong dans les rythmes et styles de notre époque. A la première interprétation (what a wonderful world) de son show de plus de 80 minutes, le ton est donné. Une section cuivre de charme, sous la direction de l’omniprésente Sarah Morrow, elle-même au trombone.

Autre moment particulier, l’apparition de McLorin Salvant pour nous faire de magistrales interprétations de Nobody knows ou When the Saints go Marching in.

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