Neuza : « Le Talaia Baxo est le rythme qui me correspond et définit ma personne. »

Elle ne fait pas que chanter la saudade. Elle l’habite et elle l’entretient. Elle a forgé sa personnalité et porte le nom de Talaia baxo. Le Talaia Baxo, également un rythme de son fogo natal. Tout feu tout flamme, elle l’est sur scène, au contact du public. Loin de consumer tout ce qui s’approche d’elle ; elle est plutôt douceur, gaieté et rayonne. Qu’elle incarne la mélancolie, la sienne est lumineuse, et ce sourire qui lui est chevillé au visage ne trahit point.
Si elles ont en commun la saudade et l’appartenance à la même ile ; que certains s’amusent (et ce qui l’amuse d’ailleurs) à lui trouver des ressemblances avec Césaria Evora, de par ses cheveux courts et plaqués sur son crâne, la gratifiante comparaison s’arrête là pour cause. Les raisons de cette ressemblance capillaire, varient. Si elle lui témoigne tout le respect, comme icône et source d’inspiration, pour le capillaire, Neuza en a toute une autre explication qui tient à une histoire aussi intime que personnelle, pour ne pas dire douloureuse…Quant à sa musique, l’originaire de l’ile de Fogo est bien décidée à se créer sa propre identité. Comme Fogo se distingue de Mindelo.
Dans ce cap vert qui ne cesse de dévoiler la richesse de ses rythmes au travers de chacun/e de ses artistes, le talaia baxo, selon la croyance et les traditions de l’ile, exprime le vide, le manque. Le vide, le manque, depuis la disparition de sa mère alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, a accompagné Neuza. Ce manque qui le mieux, exprime la personnalité artistique de la chanteuse ; le sourire agissant comme sorte de bouclier et d’exutoire.
Au lendemain d’une colorée et chaleureuse prestation au « Trois Baudets » à Paris, occasion de faire apprécier les saveurs de Flor di Bila, album qui l’a révélé au monde, nous nous sommes entretenus avec la chanteuse.

Neuza/©Tribune2lartiste.com

Neuza/©Tribune2lartiste.com

 

Alors Neuza, comment se sent-on après une si belle prestation, comme celle offerte hier ?
Çà va ! Tout se passe bien…

Hier sur scène, vous disiez, je vous cite : Ce n’est pas la première fois que je suis à Paris. Quelle est donc la raison de votre présence à Paris.
Ma présence à Paris fait partie d’une série de dates dans le cadre de ma tournée française. Elle compte environ 5 dates ; donc une semaine …La première fois à Paris, c’était donc dans le cadre de la promotion de mon album qui, comme je l’ai été, a lui aussi été bien accueilli en France.

Une tournée dans l’optique de présenter votre dernier album Flor di Bila ou y’a-t-il autre chose ? Un nouveau projet par exemple ?
On peut dire d’une certaine façon que c’est pour les deux raisons. Après la sortie de Flor di Bila, j’ai fait des tournée et je continue d’en faire. Évidemment, j’ai un projet en cours, même s’il a pris du retard. Avant toute chose, c’est essayer de rester présente dans l’esprit des gens qui aiment ma musique et aussi la faire découvrir, pour celles et ceux qui ne la connaissent pas encore.

J’ai lu quelque part, ce qui m’a d’ailleurs amusé, cette phrase : » les cheveux courts, plaqués et ondulés, à la Césaria Evora. » Qu’est-ce qui vous rapproche donc d’elle à part cette comparaison capillaire et l’appartenance au pays ?
Comme vous pouvez le deviner, Césaria Evora est pour nous, une icône, un modèle. Depuis toute petite, je l’ai écoutée, suivie dans ce qu’elle faisait et elle reste une source d’inspiration. Quant à la comparaison capillaire, disons que ce n’est qu’une pure coïncidence. C’est toute une autre histoire, qui n’est pas liée à Césaria Evora.

Remarque aussi amusante que pertinente du photographe présent : Il y a peut-être cette ressemblance, avec en moins, les pieds nus et le cognac !!!
Neuza:( Un grand rire…) ; en effet ! Non, je ne prends pas du cognac… (Rires).

Qu’est-ce qui vous démarque musicalement de cette icône qu’est Césaria Evora?
Même si elle a et reste une source d’inspiration, je pense qu’il y a des points de différence qui existent entre ce qu’elle a fait et ma conception de ma musique. Et ces points de différence tirent leurs sources de nos iles respectives. Elle vient d’une ile qui est Mindelo et moi de Fogo.Ces deux iles (origines) présentent des rythmes musicaux différents, bien que faisant partie du patrimoine musical capverdien.

Curcutican, le Rabolo, le Talaia baxo…On a du mal à se retrouver. Pouvez-vous, en quelques mots décrire chacun de ces rythmes ?
Curcutican : est une espèce de combat, de joute verbale (musicale), dans laquelle, la femme tient la dragée haute à l’homme. Et le public se range derrière la meilleure réplique par des applaudissements. Une espèce de battle.

Est-ce qu’il y a une espèce de revendication féministe derrière ?
Non ! C’est juste un jeu de réplique entre une femme et un homme sans plus. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait avec Michel Montrond dans la chanson Trabessado.
Rabolo : rythme traditionnel de l’ile de Fogo aussi, le rabolo tire sa source des traditions religieuses. Dans la tradition capverdienne, c’est une espèce de sainteté.
Talaia Baxo : c’est l’expression musicale de l’absence, du manque…le poids du vide, de l’absence de quelqu’un.

Alors de ces 3 rythmes qui viennent de l’ile de fogo, quel est celui qui vous correspond le plus ?
C’est le Talaia Baxo. Parce que par rapport à mon histoire personnelle, à mon vécu…la perte prématurée de ma mère. Une espèce d’éloignement avec beaucoup de membres de ma famille etc…Donc c’est vraiment le rythme qui définit ma personnalité, je me sens plus interpellée par lui.

Parlons des choses un peu plus légères…Quelles sont les perspectives, pour quand le prochain album ?
Je pense qu’il est temps que le prochain disque arrive…Nous avons pris certes un peu de retard ; mais encore un peu de patience. Il aura beaucoup de choses à découvrir sur mon ile fogo, le cap vert et mes sentiments.
D’ailleurs, je vais donc vous révéler l’histoire de mes cheveux courts…

Dans un grand fou rire, elle décide de nous parler de ses cheveux.(Ce qu’elle fait avec beaucoup d’élégance et de dignité, et toujours avec le sourire, parfois un grand rire, pour un sujet si bouleversant)

-Ma mère avait des cheveux si longs qui allaient jusqu’aux fesses et ils étaient très beaux. Mais avant son décès suite au cancer, elle n’en avait pratiquement plus. C’est cette image que je garde d’elle dans ses derniers instants sur terre. C’est donc en sa mémoire que, de temps en temps, je me fais couper les miens…