Malika Zarra : “Je suis arrivée au Jazz et à la musique en général, par défi.”.

Tout ce qui est grand, voire bien, est-il forcément le fruit de la passion ? Peut-être bien. Mais certains parcours ou trajectoires peuvent venir nuancer cette assertion. Malika Zarra fait partie de ces personnes qui, et aussi dans d’autres domaines surement, de leurs propre aveux, trahissent cette formule. Même si dans chaque défi, on pourrait avoir besoin d’une certaine dose de passion pour le surmonter. Trêve d’escapade pseudo-philosophante et parlons de Malika Zarra.

La musique, je n’y suis pas au départ par passion comme cela peut être le cas pour d’autres ; mais d’abord par défi. C’est avec cette formule que la jazzwoman afro-berbère ou/et afro-arabe (selon l’espace géographique) qui séjourne actuellement dans son pays natal (Maroc), nous apprend son introduction dans le monde de la musique pendant la petite conversation que nous avons eue.

Après midi forcément ensoleillée au royaume chérifien. Ring, ring, ring…Zut ! Je dois interrompre l’écoute de Leela. Mais le timbre vocal et le sourire qui va avec me rassurent et me replongent dans l’allégresse d’avant sonnerie. C’est l’auteur compositrice de Leela. Si en empruntant son Taxi, celui-ci ne vous désarçonne pas d’emblée, ne vous avouez pas encore vainqueur, car le sourire, la bonne humeur et le bel esprit de Malika viendront à bout de votre résistance. La Leela peut  jeter son voile sur la journée et occuper l’espace, le Taxi berbère m’emporte vers la joie de la découverte d’une artiste qui jette les ponts et passeuse de bonnes sensations.

C’est intéressant, Malika, alors racontez-nous cela.
Oui, c’est par pur défi que je suis dans la musique comme auteur-compositeur-interprète. Au départ, j’entrevoyais être aux côtés des artistes pour les pousser. Mais comme je crois au pouvoir de l’art en général, je me suis dit : qu’est ce qui peut bien se passer dans la tête d’un artiste, pendant le processus de création etc…Partant de cette interrogation, je me suis lancée. Étant une personne curieuse, je me suis construite musicalement et j’ai appris beaucoup de ficelles dans le métier. Ce qui m’évite aussi certains désagréments. De cette façon, j’ai bien pu cerner l’environnement et les codes du métier.

Ce qui a donc donné des albums comme On The Ebony Road (2006) et Berber Taxi (2011).
J’ai en effet sur le marché ces deux albums ; mais j’ai également collaboré avec John Zorn dans Book of Angels Volume 13. Et je fais aussi beaucoup de scènes. Plus aux États-Unis et en Allemagne en ce qui concerne l’Europe.

©Tribune2lartiste/Malika Zarra

©Tribune2lartiste/Malika Zarra

 

Après une attentive écoute, Berber Taxi exprime le mieux la jazzwoman que vous êtes. Comment l’expliquez-vous ?
Cela peut se comprendre ; car Berber Taxi est l’album de ma maturité musicale. Nous y avons passé beaucoup de temps ; surtout dans sa conception. Alors qu’On The Ebony Road sonne un peu plus brut. Tant dans la production, les enregistrements que dans l’écriture et les voix, ils se distinguent l’un de l’autre.

De maturité parlons-en ! Qu’est-ce qui différencie musicalement la Malika Zarra qui vivait en France et celle qui vit depuis quelques années à New-York.
Il m’est toujours difficile de faire cette séparation, puisque tout est question des bons moments que l’on a à l’endroit où l’on se trouve. Disons qu’en France, j’ai eu mes racines musicales, j’y ai éprouvé les fondamentaux de la liberté. Aux États-Unis, il est plus question de la floraison, de l’épanouissement de ce sentiment de liberté que je portais déjà en moi ; et aussi de plus d’exploration et de confiance en soi.

Vous n’êtes pas entrain de me dire que le Maroc n’a rien apporté musicalement à Malika.
Je porte le Maroc en moi. C’est l’essence qui me fait voyager dans d’autres cultures et de m’y sentir à l’aise. J’ai la chance de vivre intensément toutes les cultures des pays dans lesquels je séjourne ou je vis. Et parlant d’apport du Maroc, voyez-vous, le seul fait que j’y sois actuellement m’inspire pour mon prochain projet et pour d’autres choses.

Puisqu’on évoque le Maroc. Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre passage au Visa For Music 2015?
C’est toujours avec un réel plaisir que je me retrouve au pays et surtout lorsque je suis, comme c’était le cas au Visa For Music, invitée pour un événement comme celui-là. C’était plutôt chaleureux et tout s’est déroulé comme je l’ai espéré.

J’aime votre expression « Afro-Arabe » ; mais j’avoue ne pas bien la comprendre.
(Rires)…C’est une expression que j’ai utilisée ou j’utilise lorsque je suis aux États-Unis. Ceci dans le but de clarifier les choses, pour certaines personnes qui n’ont pas forcément une bonne lecture des situations.

Pouvez-vous la transposer à l’intérieur du Maroc ?
Je dirai que je suis afro-berbère par exemple.

A ce propos, Berber Taxi est conjugué au féminin, il magnifie la femme berbère. On y retrouve des expressions féminines Leela, Houaria, Issawa’s woman. Est-ce la femme engagée qui chante ?
(Rires..), une fois de plus, comme dans le choix des cultures de mes pays respectifs, je ne mets pas de cloisons. Disons que c’est l’artiste qui chante la femme engagée.

Que veut dire Leela (lire lila) ?
Voyez-vous, Leela est une chanson d’amour composée par un homme et signifie la nuit.

Revenons un peu sur les projets…entre On The Ebony Road (2006) et Berber Taxi (2011), cinq années se sont glissées. Nous sommes en 2016, donc logiquement, vous devriez nous annoncer un autre projet dans les jours, les mois qui suivent.
(Rires)…En effet, vous avez raison. Soyez patient, vous le saurez très rapidement.

Alors, permettez-moi de vous souhaiter bien de choses pour non pas seulement ce projet imminent (dont je ne dévoilerai pas la date); mais également pour un autre, encore plus honorable.